Modulation de Largeur d'Impulsion (MLI)
Le convertisseur de puissance (onduleur 3 bras) reconstitue les tensions alternatives à partir d'une source DC en commutant rapidement ses transistors. La stratégie de modulation MLI détermine la qualité spectrale de la tension de sortie : taux de distorsion harmonique (THD), pertes par commutation, et amplitude maximale exploitable du bus continu.
Structure de l'onduleur 3 bras
Pour alimenter un moteur triphasé depuis une batterie (tension continue), on utilise un onduleur : 6 transistors de puissance (IGBT ou MOSFET) organisés en 3 bras — un par phase U, V, W. Chaque bras comporte un transistor haut, qui connecte la phase au rail +V_DC, et un transistor bas, qui la connecte au rail −V_DC. Les deux ne sont jamais fermés simultanément. En les faisant alterner très rapidement à la fréquence de découpage (5–20 kHz), on reconstitue par valeur moyenne une tension sinusoïdale sur chaque phase : c'est le principe de la MLI.
Calcul des temps d'ouverture - SPWM
En SPWM, chaque phase est traitée indépendamment. Pour la phase U, on compare une référence sinusoïdale uref,U(t) = ma × sin(ωt) à une porteuse triangulaire d'amplitude 1 et de période Ts. Le rapport cyclique du transistor haut T1 est égal au rapport du temps où la référence dépasse la porteuse :
Quand la référence est au maximum (ma = 1), Ton = Ts (transistor haut toujours fermé). Quand elle est nulle, Ton = Ts/2. Les trois phases sont calculées indépendamment, chacune avec sa propre sinusoïde décalée de 120°.
Calcul des temps d'ouverture - SVPWM
En SVPWM, le calcul ne se fait pas phase par phase mais pour l'ensemble du secteur. Le vecteur de référence V* est localisé dans un secteur (angle local θ' = θ mod 60°) et décomposé sur les deux vecteurs actifs adjacents Vk et Vk+1 :
T1 et T2 définissent automatiquement les temps de conduction des trois bras en même temps : il n'y a qu'un seul calcul par période Ts, qui donne l'état de l'onduleur entier. Le temps restant T0 est réparti entre le vecteur V₀ (= 000, tous transistors bas) et V₇ (= 111, tous transistors hauts) selon le paramètre μ.
MLI sinusoïdale (SPWM)
Une référence sinusoïdale est comparée à une porteuse triangulaire à haute fréquence. L'indice ma fixe l'amplitude du fondamental (ma × VDC/2). Au-delà de ma = 1 (sur-modulation), la saturation introduit des harmoniques basses fréquences qui peuvent perturber le moteur.
Estimation illustrative (tendance en 1/f_découpage), pas un calcul harmonique exact.
MLI vecteur spatial (SVPWM)
La SVPWM décompose le vecteur de tension de référence V* sur les deux vecteurs actifs adjacents de l'hexagone des états onduleur. L'injection implicite d'un signal de mode commun permet d'utiliser jusqu'à VDC/√3 ≈ 0,577 VDC, soit +15 % de tension par rapport à la SPWM classique.
Techniques avancées — la modulation discontinue (DPWM)
Les méthodes SPWM et SVPWM vues ci-dessus sont dites continues : à chaque cycle de découpage, les six transistors de l'onduleur commutent sans exception — T1 et T4 alternent, T3 et T6 alternent, T5 et T2 alternent. Il existe pourtant des techniques plus avancées, appelées méthodes discontinues (DPWM, Discontinuous PWM), qui ont une idée différente : laisser certains transistors bloqués à leur niveau haut (+V_DC) ou bas (−V_DC) pendant de plus longues périodes, au lieu de les faire commuter systématiquement. Ces transistors sont "gelés" entre 60° et 120° par cycle, le temps que leur bras n'ait de toute façon pas à changer d'état.
Pourquoi s'en donner la peine ? Parce que chaque basculement d'un transistor dissipe de l'énergie — un pic de courant le temps que la tension passe de 0 à VDC, de la chaleur à évacuer dans le radiateur. À 10 kHz de fréquence de découpage, ces pertes peuvent atteindre 1 à 3 % de la puissance totale. En gelant un bras par secteur, l'onduleur ne commutera plus qu'à deux tiers de sa cadence habituelle : 33 % de commutations en moins, soit 20 à 30 % de pertes de puissance économisées. Le seul compromis : une légère hausse de la distorsion harmonique aux faibles indices de modulation, là où les moteurs à aimants permanents travaillent rarement.
Principe : geler un bras pour économiser des commutations
En SVPWM, quand le vecteur de tension de référence est dans un secteur donné, le temps "libre" à répartir entre les deux vecteurs zéro (V₀ = 000 et V₇ = 111). Le paramètre μ fixe cette répartition. Choisir μ = 0 ou μ = 1 revient à n'utiliser qu'un seul vecteur zéro — le bras le plus fort du secteur reste alors collé sur son rail sans commuter. C'est la DPWM.
Quand DPWM vaut-elle la peine ?
Geler un bras réduit les commutations mais introduit une petite distorsion supplémentaire. Le graphe montre l'indice de distorsion harmonique (HDF) de la DPWM versus la SVPWM. Le croisement se situe vers ma ≈ 0,8 : en dessous, la SVPWM produit une tension plus propre ; au-dessus, la DPWM gagne - c'est exactement la zone de fonctionnement d'un moteur à aimants permanents à pleine charge.
Courbes illustratives (tendance qualitative d'après la littérature), pas un calcul harmonique exact.
60° DPWM - symétrique
Gel autour des pics de tension de phase (+Vdc/2 au pic positif, −Vdc/2 au pic négatif). La fenêtre de gel est centrée sur le pic de chaque sinusoïde — c'est la variante la plus répandue en pratique.
60°(+30°) DPWM - décalé +30°
Fenêtre de gel décalée de +30° après le pic de tension. Cette variante déplace la zone de non-commutation en avant de phase par rapport à la variante symétrique.
60°(−30°) DPWM - décalé −30°
Fenêtre de gel décalée de −30° avant le pic de tension. Complémentaire du 60°(+30°), cette variante recule la zone de non-commutation par rapport à la variante symétrique.
+120° DPWM - μ = 1
Un seul bras gelé sur 120° continus au rail positif. Implémentation très simple (μ constant = 1), mais stress thermique non uniforme entre transistors haut et bas.
−120° DPWM - μ = 0
Complémentaire du +120° DPWM : un seul bras gelé sur 120° au rail négatif. Même simplicité, même asymétrie thermique inverse - transistors bas plus sollicités.
30° DPWM - 4 fenêtres
Quatre fenêtres de gel de 30° alternant μ = 0 et μ = 1 chaque demi-secteur. Meilleure distorsion harmonique parmi toutes les DPWM, mais logique de modulation plus complexe.
Implémentation unifiée - tension d'offset
Toutes les techniques DPWM (et SVPWM) peuvent être réalisées en ajoutant une tension de mode commun voff aux références de phase. Selon le facteur μ, on sélectionne le vecteur zéro dominant.
Formule générale
μ = 0,5 → SVPWM · μ = 1 → +120° DPWM · μ = 0 → −120° DPWM
Pour les 60° DPWM à fenêtre décalée, μ commute entre 0 et 1 par secteur de 60°.
Résumé des performances
| Technique | HDF (m≥0,8) | Complexité |
|---|---|---|
| SVPWM | référence | moyenne |
| 60° DPWM | ≈ −25 % | faible |
| 60°(+30°) | ≈ −20 % | faible |
| 60°(−30°) | ≈ −20 % | faible |
| ±120° DPWM | ≈ −15 % | très faible |
| 30° DPWM | ≈ −30 % | élevée |